Anniversaire de la mort de Benoit Malon. Discours de Paule Mink

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Anniversaire de la mort de Benoit Malon. Discours de Paule Mink

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Paule Mink, “Anniversaire de la mort de Benoit Malon. Discours de Paule Mink,” La revue socialiste, 20 (1894): 389-390.

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ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE BENOIT MALON

DISCOURS DE PAULE MINK

 

C'est presque comme une parente que je tiens à rendre hommage à Malon, au nom de trente ans de luttes communes qui ont fait de notre ami mort un véritable frère pour moi; nous tous, les militants delà première heure, nous avons le droit et le devoir de le pleurer.

Ils ne sont plus nombreux ceux qui l'ont connu simple homme de peine à la teinturerie de Putëaux, mais déjà dévoué à la cause du peuple, déjà socialiste convaincu. Ils se rappellent son ardeur à l'étude, son courage qui s'affirmait chaque jour pour la lutte sociale.

Oui, ainsi que notre ami Fournière l'a dit tout à l'heure, Malon était un militant de la pensée et de l'action. Vous vous en souvenez, vous lés pionniers d'avant-garde, alors que les membres du premier bureau de l'Internationale furent poursuivis, condamnés — car on traquait les internationalistes comme aujourd'hui les anarchistes — immédiatement Malon; Varlin et d'autres se présentèrent pour reconstituer le bureau de l'Internationale dissous et affronter les poursuites qui ne leur manquèrent pas ; on avait arrêté les chefs. Malon et Varlin reprenaient la tête du mouvement sans se soucier du danger.

Et lors-de la grève du Creusot, lorsque par l'arrestation d'Assi elle resta sans direction et menaçait d'être vaincue, Malon en prit la direction et la fit réussir.

Oui, ce doux pâtre, ce puissant sociologue était un homme d'action. Pendant la guerre aussi il fit son devoir de patriote, comme nous tous, les socialistes. Il faut que cette légende qui nous représente comme des anti-patriotes cesse enfin d'avoir cours. Certes, nous ne sommes pas patriotes à la façon de messieurs les bourgeois pour aller porter la. guerre, la mort et l'incendie chez des peuples frères; les socialistes sont patriotes comme l'étaient nos pères de 89, de 92, nous voulons défendre nos foyers, garder la terre de la Révolution, faire triompher la liberté, et comme nos aïeux nous serons toujours contre les maîtres avec tous les esclaves.

Le grand honneur de Malon, c'est d'avoir compris et propagé partout cette idée que le socialisme n'était, pas seulement une question d'intérêt, mais surtout de justice. « On ne fait pas des révolutions avec des appétits,» disait-il, « mais seulement pour là poursuite et la réalisation d'un idéal. » Et c'est cette pensée d'un idéal, l'enthousiasme qu'elle a soulevé dans les consciences, qui a amené au socialisme tant de jeunes gens, d'intellectuels, tous ceux qui ont au coeur la noble passion de la justice et l'amour de l'humanité. Et la plupart de ces recrues, c'est à Malon que nous les devons.

Il est mort au moment où il pouvait déjà voir de loin les « Chanaan promises » ; nos idées pénètrent partout et nous pouvons entrevoir l'aurore de la justice sociale. Il n'y eut jamais, en aucun temps, préliminaires aussi certains de transformation, réussite aussi assurée pour les préparateurs de l'avenir. Jamais le peuple n'a été pénétré de ses droits, conscient de ses revendications, convaincu de sa force comme maintenant. Les idées ont pénétré partout et le peuple à présent se dresse calme, en une irrésistible poussée, mûr pour ses destinées nouvelles et son définitif affranchissement.

Et cela nous le devons en grande partie à Malon. et à tous ceux qui comme lui furent de grands penseurs, de féconds semeurs d'idées. Voici, déjà les gerbes se lèvent et la génération qui vient fera la moisson superbe : heureux seront nos fils, ils entreront dans l'avenir !

Nous pleurons aussi Malon parce qu'il fut entre tous un défenseur des faibles et des femmes ; non qu'il fut ce qu'on appelle un «féministe », qu'il fit une question spéciale de l'émancipation de la femme ; non, Malon, comme tous les vrais socialistes, réclamait l'égalité pour les femmes, mais il savait bien qu'elle ne pourrait être réalisée qu'avec et par le socialisme ; il croyait aussi que l’affranchissement de l'humanité ne pourrait avoir lieu que quand les femmes seraient venues au socialisme, et il avait absolument raison.

Oui, quand vous aurez appelé la femme aux idées nouvelles, quand vous l'aurez instruite, qu'elle partagera vos idées, que vous en aurez fait vraiment votre compagne, votre ce ami », qu'elle suivra la même route que vous, ce jour-là vos forces seront doublées et le Socialisme sera vainqueur.

Nous le remercions donc comme militant, comme défenseur des faibles cet homme qui fut juste, dévoué et bon toute sa vie, et comme amie, comme soeur, nous le pleurons toujours.

 

Paule Mink, “Anniversaire de la mort de Benoit Malon. Discours de Paule Mink,” La revue socialiste, 20  (1894): 389-390.

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Mink, Paule (Adèle Paulina Mekarska), 1839–1901, “Anniversaire de la mort de Benoit Malon. Discours de Paule Mink,” The Libertarian Labyrinth, accessed October 14, 2019, http://library.libertarian-labyrinth.org/items/show/2620.