My Ideas on the Army

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My Ideas on the Army

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Translation of Ravachol, "Mes idées sur l'armée" (l'Insurgé, 16 septembre 1893)

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Mes idées sur l'armée.

 

Ravachol

 

(l'Insurgé, 16 septembre 1893)

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Puisqu'on a critique mon insoumission à la loi sur de recrutement, je vais ici expliquer ma conduite. Si je me suis refusé à porter les armes, c’est que suivant mes principes, je ne reconnais pas de frontières. Pour moi, l'étranger n'est pas. Toutes les nations sont sœurs et j'estime que leurs enfants devraient s'aimer un peu plus qu'ils ne l'ont fait jusqu'à ce jour grâce à la propagande universelle répandue pour les en empêcher. Que nous soyons nés sous le beau ciel d’Italie, dans les contrées froides de l'Allemagne, dans les régions glacées de la Russie, sous les brouillards épais de l'Angleterre ou sur le sol de la République française, il me semble que nous sommes tous frères, quelles que soient les lois qui nous sont imposées, quel que soit même notre rang dans la société. Comme homme, nous n'avons tous qu’une vraie patrie: l’univers. Les divisions dans l'humanité, c'est la guerre !

Tolérer celle-là, c’est sanctionner celle-ci, et vous tous qui appuyez à tout propos, dans votre intérêt personnel de la parole du socialiste juif, vous devriez, vous souvenir plus souvent et quand il est opportune que ce juif a dit pour les hommes et non pour les bêtes : « aimez-vous les uns, les autres ». Ne me parlez pas d'intérêts nationaux, non plus des craintes que vous inspire l'Allemagne ou telle ou telle autre puissance. D'abord, je dois vous dire qu'en Allemagne, en Italie, en Angleterre, en Russie, comme en France, partout le peuple hait la guerre. Malgré les excitations de la presse, instrument de toutes les haines, de peuple à peuple, ce n'est toujours qu'à regret que des soldats de nationalités différentes marchent les uns contre les autres, s'égorgent comme des ennemis implacables, N'invoquez pas davantage, ce faux esprit de patriotisme qui porte des hommes intelligents, des hommes de cœur àvénérer des drapeaux de différentes couleurs. Cet esprit de patriotisme n'est que factice, il n'est pas l'œuvre des masses qui succombent dans les jeux terribles de la guerre, mais l’œuvre des gouvernements. Si les peuples pouvaient se comprendre, s'entendre, discuter leurs intérêts, s'ils avaient seulement la liberté d'agir librement, s'ils n'étaient point tous àla merci d'une volonté tyrannique, cet esprit de patriotisme ne serait pas, les guerres ne seraient plus.

C'est àl’école, sous l’influence d'une éducation gouvernementale que l’on contracte ce malheureux chauvinisme, qu'àtous les âges, la presse réveille ensuite dans les cœurs pour les exciter les uns contre les autres, tous contre eux-mêmes, contre l’humanité. En Allemagne, en Angleterre, partout enfin, ce sont les feuilles amies du pouvoir qui dans la patrie (je parle ici de la patrie universelle, divisée par des frontières) morcelée, allument le brandon de la discorde, et agitent le drapeau de la guerre. La presse ne représente pas l'opinion publique comme on le croit généralement, mais elle l'organise et la façonne. Les travailleurs ne désirent en général que la paix et du pain; et en fait d'idées politiques, il est pénible de le dire, ils adoptent ordinairement celles du journal qu'ils lisent. Si la presse française insulte l'Angleterre ou l’Italie, on dit aussitôt, ou à Berlin, ou de l’autre côté des Alpes, la France : voila l'ennemi !

La France a toujours eu des idées pacifiques, mais il suffit que le gouvernement ou la presse qui lui est dévouée, nourrissent des idées belliqueuses pour que la France soitresponsable de journalistes gâteux ou d'ambassadeurs orgueilleux. Il s’en suit une polémique entre la presse des nations, des lors en conflit. Polémique qui n'a d'autre but que d'aiguillonner l'orgueil national des ouvriers qui font des vœux pour la paix. Des deux cotes, grâce à la presse, on a raison et l'étranger a tort. Un beau jour, c'est une déclaration de guerre ; grâce à la presse encore, il est admis qu'elle était inévitable. Inévitable, les nations l'eussent évitée, sous l'égide gouvernemental, les journaux l'ont préparée ; après quoi les gouvernants l'ont déclarée quand ils l’ont voulue. Et souverains et généraux, gouvernements de toutes sortes, qui ont crû pouvoir dans la lutte, satisfaire une ambition ou un intérêt, fermant les yeux sur les victimes, recrutées en masse dans la classe ouvrière, fermant les yeux sur le sang de leurs frères, se sont jetés dans la mêlée. A la fin du carnage — l'on compte les pères, les mères, les veuves, les orphelins en pleurs? Non, mais on a vu des intriguants soupeser leur bourse, des fous savourer celle fumée, que dans leur délire, ils appellent la gloire. Qui paiera ? -- les lauriers des vainqueurs, la rançon des vaincus, la poudre brûlée, les canons, les fusils, les salves meurtrières ?

Les campagnes ont été ravagées, les villages incendiés, les villes ont été elles-mêmes livrées aux flammes et àla dévastation, qui paiera tous ces dégâts ? Des vieillards privés de souliers, des pères et des mères à qui le champ de bataille aura ravi un fils, les veuves, les enfants des martyrs ! Ceux qui auront déjà payé le prix du sang, peut-être par le sacrifice de leurs plus chères affections, se saigneront pour payer l’impôt.

Je sais qu’il en est qui trouvent admirable ce dévouement, cette abnégation de la classe ouvrière, mais ils n'ont pas vu sans doute même par la pensée, un champ de bataille où l’on ne rencontre que des bras et des jambes coupes par la mitraille, des poitrines trouées par les balles, des jeunes gens étendus a terre, inertes et sanglants, seront peut-être écrasés par la cavalerie, broyés sous les pieds des chevaux, ils ne pleurent peut-être pas unfils qui dort aux frontières d’un sommeil eternel.

 

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My Ideas on the Army.

 

Ravachol

 

(l'Insurgé, September 16, 1893)

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Since some have criticized my disobedience of the law on recruitment, I will explain my conduct here. If I refused to bear arms, it is because according to my principles I do not recognize border. For me, there is no foreigner. All the nations are sisters and I reckon that their children should love one another a bit more than they have thus far, thanks to the universal propaganda spread to prevent them from it. Whether we are born under the beautiful skies of Italy, in the cold lands of Germany, in the frozen regions of Russia, under the thick fogs of England or on the soil of the French Republic, it seems to me that we are all brothers, whatever laws are imposed on us, even whatever our rank is in society. As men, we all only have one truly homeland: the universe. The divisions in humanity, that is war!

To tolerate one is to sanction the other, and all of you who lean, at every opportunity, in your individual interest, on the words of the Jewish socialist, you should remind yourself more often and when it is appropriate what that Jew said to men and not to beasts: “love one another.” Don’t speak to me of national interests, nor of the fear inspired in you by Germany or some other such power. First, I must say to you that in Germany, in Italy in England, in Russia, as in France, everywhere, the people hate war. Despite the urgings of the press, instrument of all hatreds, of people against people, it is always only with regret that soldiers of different nationalities march against one another, and slaughter each other like implacable enemies, and don’t invoke that false spirit of patriotism which makes some intelligent men, some men with heart venerate flags of different colors. That spirit of patriotism is only artificial, it is not the work of the masses who die in the terrible games of war, but the work of governments. If the peoples could understand each other, hear one another, discuss their interests, if they only had the liberty to act freely, if they were not all at the mercy of a tyrannical will, that spirit of patriotism would not exist, and wars would be no more.

It is at school, under the influence of a governmental education, that one contracts this unfortunate jingoism, which in all ages, the press then awakens in heart to arouse them one against each other, all against themselves, against humanity. In Germany, in England, everywhere finally, it is the sheets friendly to power who in the parceled out homeland (I speak here of the universal homeland, divided by borders), light the firebrand of discord, and wave the flag of war. The press does not represent public opinion as we generally believe, but it shapes and organizes it. in general, the workers only desire peace and bread; and speaking of political ideas, it is difficult to say it, they ordinarily adopt those of the newspaper they read. If the French press insults England or Italy, they immediately say, either in Berlin, or on the other side of the Alps: France, there is the enemy!

France has always had some peaceful ideas, but it is enough that the government, or the press which is devoted to it, nourish some bellicose ideasfor France to beresponsible for doddering journalists or arrogant ambassadors. There follows a controversy between the press of the nations, in conflict from then on. A polemic which has no other aim but to arouse the national pride of the workers who wish for peace. On both sides, thanks to the press, we are right and the foreigner is wrong. One fine day, there is a declaration of war; thanks to the press, again, it is conceded that it was inevitable. Inevitable, the nations would have avoided it, under governmental auspices, the newspapers have prepared it; after which the rulers have declared it when they wished. And sovereigns and generals, governments of all sorts, who though they could, in the struggle, satisfy an ambition or an interest, close their eyes to the victims, recruited en masse from the working class, closing their eyes to the blood of their brothers, throw themselves into the fray. At the end of the carnage — do we count the mother, the fathers, the widows, the orphans in tears? No, but we have seen schemers weigh their purses, madmen savor that smoke, which in their delirium, they call glory. Who will pay? – the laurels of the victors, the ransom of the vanquished, the burnt powder, the cannons, the rifles, the murderous salvos?

The countryside has been ravaged, the villages burned, the cities themselves have been delivered to flames anddevastation, who will pay for all these damages? Old folks without shoes, fathers and mothers from whom the field of battles has taken a son, the widows, the children of the martyrs. Those who have already paid the price in blood, perhaps by the sacrifice of their dearest affections, bleeding themselves to pay the tax.

I know there are some who find admirable this devotion, this self-sacrifice of the working class, but doubtless they have not seen, even in thought, a battlefield where one finds only arms and legs cut by shrapnel, chests pierced by bullets, young men stretched on the ground, inert and bloody, will perhaps be crushed by the cavalry, ground under the feet of the horses, perhaps they will not cry for a son who rests on the border of an eternal sleep.

 

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Ravachol (pseudonym of François–Claudius Koenigstein), 1859–1892 , “My Ideas on the Army,” The Libertarian Labyrinth, accessed October 17, 2017, http://library.libertarian-labyrinth.org/items/show/2668.