Revue de "Essai sur l'analyse physique des langues, ou Alphabet méthodique," by Paul Ackermann

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Revue de "Essai sur l'analyse physique des langues, ou Alphabet méthodique," by Paul Ackermann

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Revue de Essai sur l'analyse physique des langues, ou Alphabet méthodique, by Paul Ackermann. Journal général de l'Instruction publique 8 (1839): 45-47

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Revue de Essai sur l'analyse physique des langues, ou Alphabet méthodique, by Paul Ackermann. Journal général de l'Instruction publique 8 (1839): 45-47

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PUBLICATIONS.

 

Essai sur l'analyse physique des langues, ou Alphabet méthodique,

 

Par Paul Ackermann;

 

L'un des auteurs du Vocabulaire de l'Académie française. Paris.

 

Un alphabet universel est-il possible?

S'il est possible, est-il praticable dans l'élude et l'usage vulgaire des langues?

Oui, un alphabet universel est possible, et je crois cette possibilité démontrée par l'ouvrage que j'analyserai tout à l'heure.

Non, cet alphabet universel n'est point praticable et ne le sera jamais, hors des comparaisons phonologiques et des rapprochements littéraux. Comme cette dernière proposition est une sorte de négation de la précédente, je dois entrer dans quelques éclaircissements à ce sujet, avant de passer à l'appréciation de l’Alphabet méthodique proposé par M. Ackermann.

Sans doute il est matériellement facile d'adopter un caractère unique pour toute lettre dont le signe varie et la valeur reste la même dans les langues : mais il ne suffit point d'effectuer une transcription si désirable et en apparence si commode ; il faut encore, avant d'en faire usage, examiner quelles en seraient les conséquences, et voir si elle ne serait pas sujette à quelques inconvénients. Or, il parait certain que l'effet immédiat d'une opération de ce genre serait de produire une perturbation universelle dans la grammaire, de jeter la science du langage et ses monuments dans un inextricable chaos, et de ramener les langues aux temps de l'antique

Supposons que la consonne soufflante qui se fait entendre dans la première syllabe du mot charité, et qui est exprimée en français par deux lettres, ch, soit figurée par un caractère invariable et constant, servant désormais pour toutes les langues ; l'écriture sera fidèle à la prononciation, mais je dis qu'elle mentira à l'esprit. Quel que soit le signe adopté, que l'on donne la préférence au ch français, au trigramme allemand sch, à l'ancien schin des Hébreux, ou que l'on crée une lettre nouvelle, peu importe ; sous prétexte d'uniformité on n'en confondrait pas moins des choses essentiellement différentes. Le schin hébreu appartient à la catégorie des consonnes sifflantes et chuintantes, et se permute fréquemment avec sàmech, thau, tsade; bien plus, toutes les fois qu'il a dû passer dans une autre langue, il n'a jamais manqué d'y devenir un s ordinaire. Ainsi de schesch, on a fait sex; de schebâ, septem; de schasaph, par métathèse sphazó de schophetim, suffite, etc. Au contraire, le ch français n'est souvent qu'une déviation du k ou du c : carus, cher ; cattus, chat; cantus, chant; calamus, chaume, etc. N'est-il pas vrai que dans tous ces mots pris de l'hébreu et du français, le son ch ou seh, parfaitement identique pour la prononciation, n'est pas le même pour le sens?

Je pourrais faire des remarques analogues sur notre f etsur le phi grec, dont le son s'est confondu dès la plus haute antiquité, phaô, fari, mais qui n'en sont pas moins très différents pour la valeur originelle. Le premier tient de l’h aspirée, avec laquelle il se change et se confond, huios, filius, hijo; hoïnos, Foïnos, vinum; le second perd fréquemment son aspiration et redevient p : sophos, sapio; tropœum, trophée; triumpus, et triumphus. J'en dirais autant de j et g, dans régime, ange et Jérôme, jeter, déjà.

Mais c'est surtout dans la transcription des langues sémitiques que l'application d'un alphabet universel parait dans toute son absurdite. En hébreu, par exemple, aleph doit se lire tour à tour a, e, i, o; waw, est tantôt ou, tantôt ô, tantôt u, tantôt v; aïn, perdant sa prononciation gutturale, équivaut aussi a toutes les voyelles; et il en est de même pour la plupart des consonnes. De plus, il y a des règles d'aspiration, de réduplication, de contraction, de transmutation des lettres, suivant que le genre, le nombre, le régime, l'actif ou le passif, les personnes et les temps, l'exigent; car rien de tout cela n est irrégulier ni arbitraire. Or, ces innombrables modifications des mêmes lettres ne peuvent s'indiquer autrement que par des signes orthographiques accessoires, et nullement être écrites dans le corps des mots, sous peine de rendre le texte inintelligible et indéchiffrable. Caria structure de ces idiomes est telle, et leur Système alphabétique, tout imparfait qu'on le trouve, y est si bien adapté, que l'addition ou le retranchement d'une seule lettre suffit souvent pour tromper ou embrouiller le lecteur.

Heureusement M. Ackermann n'a point perdu son temps à poursuivre un chimérique objet; il ne se présente pas comme ayant enfin trouvé cette pierre philosophale, et nous devons l'en féliciter. Pénétré de l'insuffisance des travaux qui ont été faits avant lui, et de l'importance d'une théorie rationnelle des sons parlés, il est entré à son tour dans la carrière, et après des recherches patientes, il est venu a bout de poser des principes certains, qui, s'ils étaient une fois admis et suffisamment justifiés, feraient avancer d'un pas rapide la science phonaire. Voici l'idée et le plan de son ouvrage.

Distinguant d'abord dans leurs éléments les diverses espèces de sons qui entrent dans le langage articulé, et négligeant les tics individuels de prononciation ainsi que le cri et le chant pour ne s'attacher qu'au son oral simple, M. Ackermann se demande si d'une analyse approfondie du jeu des organes producteurs de la voix on ne pourrait pas déduire un alphabet rationnel, méthodique, propre à noter la prononciation des langues et à comparer entre eux tous les Systèmes graphiques, un alphabet enfin qui serait pour la phonographie ce que la gamme est pour la musique. Et procédant aussitôt à a vérification de son idée par une expérience appliquée à l'alphabet français, il démontre que la chose est praticable et même facile. Suivons-le dans ses ingénieuses analyses.

L'opération commence par les voyelles.

Sur quel principe, scientifique ou naturel, est fondé l'ordre de classement des voyelles adopté jusqu'ici par tous les grammairiens ? Sur aucun : ces messieurs ne semblent pas même s'être doutés qu'un tel ordre ne devait avoir rien d'arbitraire, encore moins qu'il pouvait être déterminé par un principe. Ils ont compté les voyelles, l'une après l'autre, comme elles leur venaient à l'esprit, ou plutôt comme ils les trouvaient rangées dans l'alphabet : a, e, i, o, u.

M. Ackermann s'étant convaincu, par un exercice long-temps répété, que toute la différence des voyelles entre elles venait du plus ou du moins d'ouverture du tuyau vocal lors de leur émission, il s'est dit : « Voilà notre principe de classification découvert; il ne s'agit plus que de trouver la voyelle primordiale. » Or, cette investigation importante, l'auteur l'avait faite implicitement, puisque la confrontation des voyelles qui lui avait révélé la loi de leur prolation, lui en avait également manifesté la position relative : c'est ainsi qu'une idée vraie est à peine aperçue qu'elle devient féconde pour un esprit conséquent. Tel est donc l'ordre de classification des voyelles, procédant graduellement et par échelons de l'arrière à l'avant, du fort au ténu ; ordre non imaginé ni artificiellement établi, mais fondé uniquement sur les lois du mécanisme laryngien; ordre simple et merveilleux à la fois, et que nous devons sans hésiter proclamer seul vrai et naturel:

« ou, lettre profonde, épaisse, mugissante.

« o, lettre plus avancée, forte, retentissante.

« eu, lettre pins avancée que la précédente, moins forte, fluide.

« a, lettre épanouie, dominante.

« é, lettre lourdement jetée en avant.

« é, lettre plus aiguë, plus mince.

« i, lettre encore plus aiguë, sensible à l'oreille plus qu'aucune autre.

« u, lettre de l'extrémité, ténue, sourde, d'une manière moins dense et plus faible que le ou dont elle est l'octave.

« Telles sont les huit voyelles pleines et en quelque sorte fondait mentales, formant une progression qui dérive de notre organisation phonale même. »

M. Ackermann constate ensuite, par le raisonnement et par des exemples pris de différentes langues, qu'entre chacune des voyelles pleines on peut insérer une voyelle intermédiaire, tenant également de celle qui la précède et de celle qui la suit, comme en musique on s'était aperçu qu'entre la plupart des notes formant la gamme il y avait un sou médiocre appréciable à l'oreille la moins exercée. Par la rentrent dans le système général certaines voyelles douteuses qui an premier coup d'œil semblaient faire exception, en sorte que ce qui paraissait inconciliable devient confirmation de la loi.

Mais c'est surtout dans l'appréciation des consonnes que l'on verra toute la portée du nouveau principe phonétique; et si j’avais à démontrer par une raison préjudicielle ou à priori, et indépendamment de tout examen, la justesse de la théorie alphabétique dont j'essaie de présenter l'analyse, je dirais : Toute science fausse ne saurait être une, identique, conséquente; toute science vraie est nécessairement, dans ses problèmes les plus ultérieurs et dans ses applications les plus variées, le développement d'un axiome fondamental : or, c'est le cas de l'ouvrage que nous, examinons.

Jusqu'à présent les travaux des philologues sur les consonnes n'ont abouti qu'a reconnaître certaines séries ou familles, dans lesquelles viennent d'elles-mêmes se grouper, et parallèlement les unes aux autres, toutes les consonnes omophones. Ces familles ont reçu des noms qui rappellent l'organe dont ou les faisait dépendre plus spécialement, labiales, dentales, gutturales, palatales, etc.; et les différentes lettres qui les composent ont été classées à leur tour suivant leurs qualités respectives de douces, fortes, aspirées, etc. Ceci ressortira mieux du tableau suivant, que nous empruntons à la grammaire grecque:

                  Douces.       Fortes.      Aspirées     Nazales.

Labiales.              B.               P               F               M

Dentales.              L                T                Q                N

Gutturales.            G                K                X

On y joint deux liquides, L, P, et une sifflante X.

Dans cette disposition, le moindre inconvénient est d'avoir laissé en dehors des familles les trois lettres, l, r, s, avec lesquelles on ne trouvait pas de corrélatives. A cet égard, l’alphabet sanscrit lui-même, le plus parfait de tous ceux qui existent, n’est pas à l’abri du reproche d’arbitraire, et témoigne de l’embarras de ses rédacteurs.

Mais le rapport occulte, le lien secret qui doit unir < loi harmonique et lotîtes ces familles cotre elles, et ces liquides l, r, que l'on range tantôt dans un ordre, tantôt dans un autre, et cette sifflante s, isolée et sans comparse au milieu de l'alphabet; le principe d'existence commun à toutes les consonnes, en un mot, quel est-il? quel grammairien l'a indiqué, ou seulement soupçonné?

« Les buccales (c'est le nom donné aux consonnes par M. Ackermann) ont leur point de production au dessus du larynx, toujours en avançant : c'est pourquoi, avant que d'en traiter, j'ai « parlé des voyelles,

« K, c, ou a est la première des buccales; elle résonne à peu « près au point de départ de l'aspirée, et environ à la hauteur de l'a.

« Viennent ensuite r, l, t, ch, s, f, p. »

Voilà donc le problème résolu pour les consonnes comme il l'a été pour les voyelles; et ce qui garantit la justesse des deux solutions, c'est, ainsi que je l'ai observé, qu'elles s'appuient sur un seul et même principe, déduit d'un seul et même phénomène. « Le principe de classification de ces lettres est le même que celui des « voyelles; leur échelle sonorifique s'étend du fond de l'organe jusqu'à l'orifice, de la naissance de la langue jusqu'aux lèvres. » Essayons, pour nous convaincre de la réalité du fait et de la rigoureuse exactitude de l'observation, de répéter les consonnes dans l'ordre établi par M. Ackermann : ha, ra, la, ta, cha, sa, fa, pa. Partant du fond delà gorge, la série buccale s'avance graduellement vers l'extérieur, et vient expirer au bord des lèvres.

Et comme il a été précédemment constaté qu'entre les voyelles fondamentales peut être intercalée une série de voyelles obliques, M. Ackermann nous montre que pareil nombre de buccales mitoyennes peuvent aussi être interposées dans la série des buccales primitives.

Mais il est un grand nombre de sons qui ne figurent encore ni dans l'ordre des voyelles ni dans celui des buccales, auxquels il s'agit d'assigner une place sans cesser d'être fidèle à la règle établie: c'est ce que M. Ackerman exécute avec une rare précision.

Toute lettre est susceptible d'un certain nombre de modifications, de variations dans le son propre qui la constitue, lesquelles se produisent sans la disposition spéciale de l'organe, sans détruire la lettre, la renflent ou l'atténuent, la rendent douce ou forte, sèche ou mouillée, claire ou nasale. Pa et ba sont absolument la même articulation, mais plus rude dans le premier cas, plus adoucie dans le second; ma n'en diffère encore que par l'addition d'un nasalement. De même les syllabes on, an, un, dans maçon, chanteur, chacun, ne sont pas autre chose que des voyelles nasalées. Cet état variable de la lettre est ce que notre grammairien nomme timbre.

A cette occasion, nous avons à adresser à M. Ackermann un reproche grave, et d'autant plus fondé qu'il pouvait facilement l'éviter: c'est d'avoir, contrairement à ses propres principes, sans y être contraint par la nature de la chose, sans aucun avantage pour l'exactitude scientifique, consacré un chapitre spécial au signe d'aspiration h, de l'avoir traité à part, tandis qu'il devait le faire rentrer dans la catégorie des timbres modificateurs, et par là d'avoir détruit l'unité synthétique qu'il avait eu tant de peine à formuler. L'aspiration n'est point une lettre, pas plus que le nasonnement, pas plus que l'emphase, pas plus que ce qui distingue pa de ba; tout cela n'est que modification et accessoire. Les grammairiens sanscrits sont for* mets à cet égard, quand ils enseignent que toute aspirée doit se prononcer comme sa forte ou sa ténue, plus une aspiration. Cette réserve ou ce respect pour l'h aspirée a droit de surprendre dans un analyste aussi sévère que M. Ackermann. Au reste notre critique devient une espèce d'éloge , puisqu'elle tend directement à justifier la méthode de l'auteur, que nous ne pouvons corriger que par lui-même.

Voici le tableau synoptique des voyelles et des consonnes, disposées selon le principe naturel de p roi a lion. Les intermédiaires sont figurés par des points; le timbre nasal est représenté dans les voyelles par n jointe à la lettre; les timbres, qui ne se rencontrent que rarement en français, ont été négligés.

 

voyelles.

Pleines.   ou      o      eu      a       ê       é        i       u

Nasales.  oun    on    eun    anen (ain)en      in     un

 

consonnes ou buccales.

Fortes.       k        r        l        t      ch      s        f       p

Douces.    g                         d        j        z       v       b

Nasales    ng                        n                                  m

Mouillées                    ll      gn

 

A l'égard des timbres, il est bon de noter quelques particularités il est vrai, un peu minutieuses mais qui méritaient pourtant l'attention de l'auteur. l° Dans les voyelles, le timbre nasal ne fait qu'un avec la lettre et sonne avec elle; au contraire, les timbres aspiré et mouillé se font sentir avant ou après la lettre: ha ou ah, aï ou ia. 2°Dans les buccales, le timbre doux, l'emphatique et le mouillé sonnent avec la lettre ; le nasal la précède, l'aspiré la suit. 3° On peut distinguer dans les buccales, aussi bien que dans les voyelles, des sons doubles ou diphthongues; le Z grec , le dj et le tch dans presque toutes les langues orientales, en sont des exemples. Il ne faut pas confondre avec ces consonnes diphthongues certaines combinaisons alphabétiques, comme Y et X; celles-ci ne sont point des lettres, ce sont des abréviations.

Ainsi nous ne divisons plus les consonnes en quatre, cinq ou six familles séparées, in transitives, inharmoniques; nous ne reconnaissons qu'une seule gamme de buccales consécutives, attenantes et formant la chaîne, capables en outre de se charger des timbres les plus variés, timbre doux, timbre nasal, aspiré, mouillé, emphatique, mixte; l'unité est acquise à l'alphabet.

A présent l'on demandera peut-être: Admettant comme incontestable la supériorité de la nouvelle méthode, quelle utilité la science peut-elle en recueillir? Pourquoi attacher tant d'importance à la réforme de l'alphabet? La réflexion était naturelle; il me reste donc a prouver qu'en nous occupant de l'échelle naturelle des sons, nous n'agitions pas des niaiseries scientifiques, et que notre critique et nos éloges n'ont rien eu d'exagéré.

Ce qui a toujours embarrassé les philologues, ce n'est point la permutation des lettres de même famille, permutation qui s'explique assez d'elle-même; c'est le passage d'une lettre radicale d'un ordre dans un autre. Nous savons pourquoi graphô fait au futur grapsô, et au parfait passif gegrammai; pourquoi, au lieu de graphô, le latin dit scribo et scriptura: c'est que toutes ces lettres b, p, m, ps, ph, ne sont que des modifications différentes du même signe. Mais comment de faciam (faxiam) a-t-on forgé que je fasse? de puisque, ghaque, de prudentia, prudence, de manducare, manger, à'habere, avoir, de judex, juge, de pendere, pencher , de fingere , feindre, de camelus, chameau , de somnium, songe, etc., etc., où nous voyons pêle-mêle gutturales, dentales, nasales, sifflantes et chuintantes se remplacer tour à tour? A quelle loi phonétique ramener ces dérivations singulières?

Ce problème est le même que celui de l'organisation des familles: dire en quoi les différents ordres de lettres dépendent l'un de l'autre, et montrer le fil qui les unit, c'est expliquer comment une radicale peut en parcourir la chaine. Nous savons que les buccales, comme les voyelles, se forment de l'arrière à l'avant; dès lors, la question proposée n'en est plus une, la transmutation des lettres a sa source dans le principe de prolation. De même que le son chanté monte et descend, de même le son parlé tantôt avance tantôt rétrograde, et les accidents qu'il éprouve ne sont autre chose qu'élévation ou abaissement. C'est là précisément ce qui constitue la mélodie d'une langue, et c'est aussi la raison pour laquelle les peuples lettrés évitent dans le discours les consonnes avec autant de soin que les cacophonies. Imaginons une musique roulant seulement sur quatre notes, et nous aurons une idée de ce que serait un idiome dans lequel Reviendraient continuellement les mêmes articulations. De ce genre sont le chinois et plusieurs langues d'Amérique, privées de plusieurs de nos buccales.

La graduation par intervalles à peu près égaux de l'instrument vocal, tel est le principe physique de la succession des différents ordres de lettres ; le besoin de mélodie, telle est la cause occasionnelle de leurs permutations. Quelles sont enfin les circonstances générales et particulières qui provoquent et déterminent ces permutation»? Elles sont nombreuses, et leur élude forme encore la partie la moins avancée et la plus difficile de la linguistique : délicatesse des organes plus ou moins vive, plus ou moins exercée, développement da goût, état de jeunesse ou de décrépitude de la langue, influences de climat, etc., etc. M. Ackermann croit être fondé a poser comme aphorisme, qu'en général « la majeure partie des sons avance, et que le petit nombre recule; » nous n'avons point à le contredire, mais, au lieu d'une douzaine d'exemples qu'il offre en échantillons, nous eussions aimé à lui voir faire une application en grand sur les langues dérivées du latin, italienne, espagnole et française. Combien notre curiosité eût été excitée s'il nous avait fait observer le travail lent et insensible de chaque nation sur le fonds commun, si nous avions pu comparer ses progrès avec ceux de ses voisines, évaluer les influences auxquelles elle était soumise, rechercher les lois physiologiques qui la régissaient, déduire enfin, de toutes ces données grammaticales, un jugement sur son génie et son caractère ! C'eût été là proprement traiter l'ethnographie par les langues; mais pour entreprendre celte étude avec quelque chance de succès, il fallait au préalable découvrir l’alphabet rationnel et méthodique , sans lequel on ne pouvait faire de comparaisons concluantes et précises. Espérons donc que le jeune philologue dont la patiente sagacité a su découvrir un tel moyen d'analyse voudra bien nons apprendre aussi la manière de l'employer.

P.-J. Proudhon.

 

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Proudhon, P.-J. (Pierre-Joseph), 1809-1865, “Revue de "Essai sur l'analyse physique des langues, ou Alphabet méthodique," by Paul Ackermann,” The Libertarian Labyrinth, accessed July 20, 2019, http://library.libertarian-labyrinth.org/items/show/3130.

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