Le Collectivisme dans l’Internationale

Dublin Core

Title

Le Collectivisme dans l’Internationale

Subject

Description

A slightly expanded version of "Pages de l'histoire socialiste," issued as a pamphlet

Date

Language

Document Item Type Metadata

Text

Le Collectivisme dans l’Internationale

James Guillaume

----------------

I

Qu’est-ce que le collectivisme ?

 

On ne semble pas bien fixé aujourd'hui, tant en Suisse qu’en France et en Belgique, sur le sens qui doit être attribué au mot « collectivisme ». Les rédacteurs d’un Vocabulaire philosophique publié par la Société française de philosophie se sont adressés à moi, il y a quelque temps, pour être renseignés à ce sujet, et ils ont bien voulu donner place à mes explications dans le 3 e fascicule de leur travail, qui vient de paraître (2). La Sentinelle me permettra-t-elle d’essayer de présenter aussi à ses lecteurs quelques indications sur ¡’histoire du collectivisme?

Lorsque se constituèrent, en 1865, les premières Sections de l’Internationale en Suisse (Genève, Lausanne, la Chaux-de-Fonds, le Locle, St-Imier, etc.), on ne songeait pas encore, au sein des masses ouvrières, à formuler des théories. On n’avait, sur le socialisme et l’émancipation du travail, que des idées très vagues ; les éléments les plus hétérogènes se coudoyaient, au début, dans les réunions de ces Sections naissantes : il suffît de rappeler qu’Auguste Cornaz, alors rédacteur du National suisse, fit partie, durant un certain temps, de la Section de la Chaux-de-Fonds.

Mais en septembre 1867, au deuxième Con grès général, tenu à Lausanne (le premier avait eu lieu à Genève en 1866), la question de la propriété fut abordée : un délégué belge, César De Paepe, employant une formule empruntée à Colins, se déclara partisan de «l’entrée du sol à la propriété collective » ; il fut combattu par deux délégués parisiens, Char les Longuet et Chemalé, disciples de Prou dhon, et par le D r Coullery, de la Chaux-de- Fonds : celui-ci défendit avec beaucoup de vivacité la propriété individuelle, au nom de la liberté. La question fut ajournée, pour être étudiée et inscrite à l’ordre du jour du Con grès suivant.

Au Congrès général de Bruxelles, en septembre 1868, la propriété fit le sujet d’un grand et intéressant débat, à la suite duquel une résolution favorable à la remise à la collectivité sociale de la propriété des mines, des chemins de fer et voies de communication, du sol arable, des forêts, fut votée par 30 voix contre 4, avec 15 abstentions. Les sept délégués suisses présents au Congrès, savoir six Genevois et un Neuchâlelois, s’abstinrent, parce que leur mandat ne contenait pas d’instructions sur ce sujet. Le Neuchâtelois était Fritz Robert, professeur au Collège de la Chaux-de-Fonds, qui représentait les Sections de la Chaux-de-Fonds, du Locle, du Val de St-Imier, de Bienne, de Morat et de Moutier.

Après le Congrès de Bruxelles, on commença, dans les Sections de la Suisse française, à étudier et à discuter la question de la propriété ; et je me souviens de façon très nette combien nous étions hésitants, à ce moment, devant ce problème tout nouveau pour nos intelligences. A Genève, sous l’in fluence de Ch. Perron, de Serno Soloviévitch et de Jean-Philippa Becker; au Val de St-Imier, sous celle d’Adhémar Schwitzguébel ; au Locle, sous celle de Constant Meuron et de quelques autres, la plupart des socialistes se déclarèrent bientôt partisans de la propriété collective. A la Chaux-de-Fonds, au contraire, dans la Voix de l’Avenir, Coullery, rédacteur de ce journal, écrivit des articles contre le vote de Bruxelles ; il s’attira une réponse assez dure du Conseil général belge, écrite par De Paepe, qui lui disait : « Vous auriez mieux fait de vous taire, que d’inventer des choses qui n’existent pas » ; et une réponse plus dure encore du Comité central des Sections genevoises, où on lisait : « Nous sommes unanimes à Genève pour déclarer que la Voix de l’Avenir ne représente plus les idées ni les principes de l’Internationale : exemple, l’article maladroit sur deux décisions du Congrès de Bruxelles ; cet article est tout à fait en faveur de la politique étroite de la bourgeoisie ».

La Section du Locle créa, vers la fin de 1868, un nouveau journal, le Progrès. Bien tôt après, le 3 janvier 1869, les Sections de la Suisse française s’unissaient en une orga nisation commune sous le nom de Fédération romande, supprimaient la Voix de l’Avenir, et fondaient l'Egalité, organe officiel de la Fédération, paraissant à Genève. Le Progrès et l'Egalité firent une propagande énergique, recommandant la rupture avec toute politique bourgeoise ; Bakounine, qui venait de quitter la Ligue de la paix pour se joindre à l’Internationale, nous fut, dans cette propagande, [7] un précieux auxiliaire. Coullery n’avait plus à sa disposition qu’un journal politique, la Montagne, fondé par lui à l’occasion des élections neuchâteloises en 1868 ; il continua, dans ce journal, à défendre la propriété individuelle, et à attaquer les membres de l’Internationale qui pensaient autrement que lui. Il déclarait que le socialisme de l’Egalité et du Progrès était « la plus surprenante et la plus terrible aberration qu’il soit possible d’imaginer » ; qu’un idéal social fondé sur la propriété collective était « le plus affreux despotisme, la plus horrible tyrannie». Une partie des hommes qui, à la Chaux-de-Fonds, formaient le parti dit de la Démocratie sociale, et qui avaient contracté une alliance électorale avec les conservateurs ou verts, suivaient Coullery ; d’autres, plus avancés, Fritz Robert en tête, marchaient avec le Progrès. Les esprits s’échauffaient de plus en plus de part et d’autre. Une grande réunion des Sections du Locle, de la Chaux-de-Fonds et du Val de St-Imier fut enfin convoquée pour traiter la question dans un débat public ; ce « meeting », qui eut lieu au Crêt du Locle le 30 mai 1869, vota à l’unanimité moins trois voix la résolution suivante : « Le meeting approuve la manière dont l’Egalité et le Progrès défendent les principes socialistes, et répudie complètement la ligne de conduite adoptée par la Montagne ».

Trois mois après, en septembre 1869, se tint à Bale le quatrième Congrès général de l’Internationale. La Fédération romande y fut représentée par onze délégués : quatre de Genève, Bresset, Heng, Grosselin, et Henri Perret; un de Lausanne, Jaillet ; deux du Locle, James Guillaume et Floquet ; un de la Chaux-de-Fonds, Fritz Robert ; un du Val de Saint-Imier, Adhémar Schwitzguébel ; un de Moutier, Gorgé. La question de la propriété collective du sol fut discutée de nouveau, et tranchée par le vote de cette déclaration : « Le Congrès déclare que la société a le droit d’abolir la propriété individuelle du sol et de faire rentrer le sol à la collectivité ». Il y eut 54 oui, 4 non, et 13 abstentions. Les quatre voix négatives étaient celles de trois proudhoniens de Paris, Tolain, Chemalé et Murât, et d’un négociant de Bâle, Bobny. Sur les onze délégués de la Fédération romande, neuf avaient dit oui. Mais il y en eut deux, Grosselin et Henri Perret, qui s’abstinrent : c’est qu’à Genève, si un grand nombre d’ouvriers, ceux du bâtiment surtout, étaient de vérita bles socialistes, par contre ceux qui appartenaient à la « fabrique », c’est-à-dire à l'horlogerie et à la bijouterie, avaient générale ment des préjugés qui leur inspiraient do la défiance à l’égard des « étrangers », et leur faisaient redouter les idées qualifiées d’« utopies » par la presse bourgeoise.

Mais il faut noter que la masse, en apparence homogène, des cinquante-quatre délégués qui avaient voté oui à Bâle, se compo sait en réalité de deux groupes distincts. Il y avait, d’une part, les communistes d’Etat, Allemands et Suisses allemands, en assez petit nombre, dont Eccarius, J.-Ph. Becker, Moritz Hess furent les orateurs (3); d’autre part, les collectivistes anti-autoritaires, beaucoup plus nombreux, — je citerai parmi eux De Paepe et son beau-frère Hins, Varlin, Bakounine, — qui, tout en votant pour la propriété collec tive, se déclaraient an-archistes, dans le sens proudhonien du mot. Ceux-ci, pour se distinguer des communistes d’État, donnèrent à leurs théories anti-autoritaires le nom de collectivisme.

Le mot de collectivisme, avec cette signification spéciale, devint aussitôt d’un usage courant dans l’Internationale. Le Progrès, du Locle, l’avait employé dans le compte rendu qu’il donna des débats du Congrès de Bâle ; les Belges et les Français l’adoptèrent en lui donnant le même sens.

Varlin m’écrivait en décembre 1869, en m’annonçant l’apparition du journal la Marseillaise, qui allait être rédigé, pour la partie consacrés aux questions sociales, par des membres de l’Internationale parisienne : « Les principes que nous devrons nous efforcer d’y faire prévaloir sont ceux de la presque unanimité des délégués de l’Internationale au Congrès de Bâle, c’est-à dire le collectivisme ou le communisme non autoritaire » (lettre publiée dans le Progrès du Locle du 1 er janvier 1870).

 

II

Collectivistes, mutuellistes, communistes.

 

On aura remarqué que le débat relatif à la propriété, aux Congrès de Bruxelles et de Bâle, n’avait porté que sur un point spécial : le sol et les grands instruments de travail qui en dépendent, mines, voies de communication, etc. Il n’avait pas été parlé d’autre chose ; et c’est à dessein qu’on avait ajourné les autres parties de la question. Il se faisait, à ce moment, un grand travail dans les idées, et on pouvait espérer que de ce travail sortirait peu à peu un programme commun. Les divergences théoriques ne semblaient pas devoir rester absolument inconciliables entre des hommes qui tous voulaient « l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ».

Les Belges, communistes en ce qui concerne la propriété foncière, restaient néanmoins attachés aux théories de Proudhon sur l’échange. De Paepe avait écrit : « Il n’y a pas de contra diction entre le mutuellisme (proudhonien), applicable à l’échange des services et des pro duits en prenant pour base le prix de revient, c’est-à-dire la quantité de travail contenue dans les services et produits, et la propriété collective, applicable au sol, lequel n’est pas un produit du travail ». Et ailleurs, à propos de la politique : « L’idéal de la démocratie ne peut être que l’an-archie, c’est-à-dire l’absence de tout gouvernement, de tout pouvoir.... An-archie, rêve des amants de la liberté intégrale, longtemps les hommes l’ont calomniée et indignement outragée; dans leur aveuglement, ils l’ont confondue avec le désordre et le chaos, tandis qu’au contraire le gouvernement, ton ennemi juré, n’est qu’un résultat du désordre social, du chaos économique, comme tu seras, toi, le résultat de l’ordre, de l’harmonie, de l’équilibre, de la justice.... Que ton règne arrive, An-archie ! »

En Suisse, notre tendance était de rechercher tout ce qui pouvait rapprocher les uns des autres les socialistes dont 1rs doctrines semblaient divergentes. Dans une « Lettre » adressée à Murât, de Paris (Progrès du 1er janvier 1870), à l’occasion du rapport qu’il avait publié sur les délibérations du Congrès de Bâle, je m’efforçai de lui démontrer que les mutuellistes, bien qu’ils rejetassent en paroles la propriété collective, réclamaient la chose tout en repoussant le nom. Murât avait écrit, en effet, que « les sociétés de résistance se transformeraient bientôt en sociétés de producteurs libres, propriétaires de leur outillage », et qu’elles arriveraient à ce résultat « soit en rachetant, par voie d’annuités, tous les instruments de travail, soit, si ce mode n’était pas accepté, en expropriant purement et simplement les capitalistes » ; je concluais que mutuellistes et collectiviste n’étaient pas loin de s’entendre. « Comme nous, disais-je à Murât, vous voulez la propriété collective, puisque vous voulez que l’outillage soit la propriété, non plus des capitalistes, mais des associations de producteurs. Pas plus que vous, nous ne voulons, de notre côté, du communisme autoritaire, et les reproches que vous faites aux communistes et aux collectivistes, — car vous les avez jusqu’ici confondus dans une même réprobation, — nous ne les méritons certes pas. Vos paroles ne peuvent s’appliquer qu’aux systèmes autoritaires, et non aux théories collectivistes, dont le dernier mot est l’an-archie. » Tout en tendant ainsi la main aux mutuellistes, nous témoignions aux communistes disciples de Marx ou de Lassalle une sympathie toute fraternelle. « A cette époque, nous (les socialistes jurassiens) avions une entière confiance dans le Conseil général de Londres ; la plupart d’entre nous étaient en rapports d’amitié avec divers de ses membres, Jung, Eccarius, Lessner, Cowell Stepney ; et nous avions pour la science et le talent de Marx la plus haute estime (4). Le Conseil général, composé presque entièrement de communistes, nous semblait noire allié naturel contre les tendances bourgeoises de la «fabrique» de Genève et des ouvriers de quelques autres villes suisses ; et le nom de collectivistes que nous nous donnions ne nous paraissait pas alors désigner une doctrine sensiblement différente de celle du Conseil général. Au sein delà Commission du droit d’héritage (5), à Bâle, Jung disait à James Guillaume, comme à un coreligionnaire : Mon cher, cette fois je crois que nous pourrons nous déclarer franchement communistes. Les délégués de nos Sections achetaient la brochure d’Eccarius contre Stuart Mill, persuadés qu’ils étaient de se trouver en communauté de principes avec l’auteur. » [Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 81.)

Je puis ajouter un fait à l’appui de ce qui précède. Ce fut après le Congrès de Bâle que je lus, dans le texte allemand, le premier volume du Capital de Marx (paru en 1867). Quand j’eus achevé ma lecture, il me sembla utile d’attirer l’attention du public de langue française sur un ouvrage de cette importance. Encouragé par quelques amis (entre autres par Bakounine), je résolus d’en résumer le contenu dans un article que j’espérais faire accueillir par une des grandes revues de Paris. Une fois mon travail achevé, je comptais le soumettre à Marx lui-même, avant l’impression, — tant nous étions éloignés d’éprouver le moindre sentiment d’hostilité à son égard, — pour obtenir son approbation et être bien sûr que j’aurais fidèlement rendu sa pensée. La guerre franco-allemande éclata sur ces entrefaites, et me lit abandonner ce projet.

On sait aussi qu’en 1862 une traduction russe du Manifeste communiste de Marx et d’Engels (de 1848) avait été imprimée à l’imprimerie du Kolokol, pour servir à la propagande socialiste en Russie ; or, qui était l’auteur de cette traduction ? Michel Bakounine en personne. Et, en 1869, un éditeur de Saint-Pétersbourg voulant publier une traduction russe du Capital de Marx, à qui s’adressa-t-il ? à ce même Bakounine, qui se mit à l’œuvre, et aurait achevé sa tâche si les affaires de Netchaïef n’étaient venues se mettre à la traverse.

Dira-t-on que nous prenions nos désirs pour des réalités, et que nulle entente n’était possible entre des hommes aussi éloignés les uns des autres, ceux-ci ayant pour idéal ultime l’an-archie proudhonienne, et ceux-là voulant le communisme d’Etat? Eh bien, non, noire instinct ne nous trompait pas ; en fait, mutuellistes et communistes n’étaient nullement des frères ennemis : c’étaient des révolutionnaires qui allaient au même but. Je ne puis entrer ici dans les développements qui se raient nécessaires pour mettre en pleine lumière cette vérité historique ; mais on me permettra de proposer aux méditations de ceux qui voudraient la contester une parole de Proudhon et une parole de Marx.

En 1846, à une date où le jeune Marx était encore un admirateur de Proudhon et entre tenait avec lui des relations amicales, l’auteur des Contradictions économiques (le livre était en ce moment même sous presse) écrivit de Lyon à Marx, qu’il appelait « mon cher philosophe », — en réponse à une demande de collaboration que Marx lui avait adressée, — une lettre des plus intéressantes (6), où on lit ce passage: « Je me pose ainsi le problème : Faire rentrer dans la société, par une combinaison économique, les richesses qui sont sorties de la société par une autre combinaison économique. En d’autres termes, tourner, en économie politique, la théorie de la propriété contre la propriété, de manière à engendrer ce que vous autres socialistes allemands appelez : communauté, et que je me bornerai pour le moment à appeler liberté, égalité. »

Ainsi, voilà Proudhon qui identifie lui-même son idéal social, son idéal de liberté et d'égalité, avec « ce que les socialistes allemands appellent communauté » !

D’autre part, Marx, en 1847, dans le livre même où, partant en guerre contre son correspondant de l’année précédente, il a attaqué les Contradictions économiques de Proudhon, a écrit ceci : « Est-ce à dire qu’a près la chute de l’ancienne société il y aura une nouvelle domination de classe, se résumant dans un nouveau pouvoir politique ? Non. La classe laborieuse substituera à l’ancienne société civile une organisation qui ex dura les classes et leur antagonisme, et il n’y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément le résumé officiel de l’antagonisme dans la société civile (7). »

Ainsi, Marx déclare explicitement que dans une société où il n’y aura plus de classes, il n’y aura plus de pouvoir politique, il n’y aura plus de gouvernement; par conséquent, l’idéal social de Marx, c’est l’an-archie !

Engels, lui aussi, a fait une déclaration du même genre. Dans une brochure écrite il y a vingt et un ans, du vivant de Marx, il dit: « A l’instant même où l’État cesse d’être le représentant d’une classe pour devenir celui de la société tout entière, il est devenu superflu. Dès qu'il n’est plus nécessaire de main tenir dans l’oppression une classe de la société,.... il n’y a plus rien à réprimer, rien qui rende nécessaire l'existence d'un pouvoir répressif, de l’Etat... L’Etat n’est pas aboli, il meurt et disparaît, L’expression de Volksstaat, Etat populaire, a eu sa raison d’être à un moment donné pour les besoins de la pro pagande : mais elle ne répond pis à une réa lité, et il faut en reconnaître l’inexactitude scientifique (wissenschaftliche Unzuläng lichkeit (8). » On le voit, les « communistes d’Etat », comme nous les appelions, voulaient en réalité aboutir à la suppression de l’Etat ; ce mot de Volksstaat, « Etat populaire, Etat ouvrier », qui nous choquait, et qui, pensions-nous, ex • primait leur conception de la société future, n’était, de leur propre aveu, qu’une formule inexacte, qu’on avait pu employer, « à un mo ment donné, pour les besoins de la propagande », mais qui, « scientifiquement, ne répond pas à une réalité ». Et, d’autre part, Proudhon semble réduire aux proportions d’une querelle de mois le débat entre lui et les communistes allemands : Je veux, leur dit-il, la liberté et l'égalité ; vous voulez la communauté; par ces termes différents, nous désignons une même chose.

Je n’insiste pas, et je reprends mon récit.

 

III

La scission.

 

Au lieu du rapprochement désiré, et qui semblait en bonne voie, ce fut la scission qui se produisit.

J’ai dit qu’à Genève une partie des ouvriers, ceux de la « fabrique » en particulier, ne voulaient pas entendre parler de ce qu’ils appelaient des « théories utopiques ». Ce qu’ils reprochaient à ces théories, ce n’était pas tant d’être chimériques et irréalisables que d’être inopportunes et compromettantes, et de constituer un obstacle au succès de certaines combinaisons électorales. Le parti radical genevois avait conçu l’espoir de ressaisir le pou voir avec l’appui des électeurs ouvriers. L’élection du Conseil d’Etat — on sait qu’à Genève elle est faite par le peuple — devait avoir lieu en novembre 1869 ; les radicaux formèrent une liste de candidats comprenant six radicaux et un socialiste, Grosselin, et l’alliance entre les politiciens et une fraction des ouvriers genevois fut conclue. Mais, pour réussir, il fallait ne pas « effraver l’opinion publique »; aussi les meneurs disaient-ils bien haut que l’Internationale, à Genève, ne devait pas s’occuper de questions désagréables à leurs alliés bourgeois, et dépourvues de toute utilité pratique, comme celle do la propriété collective et de l’héritage. Voilà pour quoi, au Congrès de Bâle, Grosselin et son ami Henri Perret s’étaient prudemment abs tenus.

La bataille électorale, en novembre, fut chaude : ce furent les conservateurs genevois qui triomphèrent, les six candidats radicaux et leur allié le candidat socialiste mordirent la poussière. A qui fallait-il s’en prendre de cette défaite? Évidemment, non pas tant aux conservateurs eux-mêmes qu’à ces fâcheux collectivistes, qui avaient jeté le désarroi dans le camp radical-socialiste, et dont les théories «absurdes» avaient permis aux adversaires d’évoquer avec succès le spectre rouge. Il fallait absolument, pour que dans l’avenir une victoire électorale fût possible, soustraire Genève à l’influence de ces gens-là.

La chose fut rendue relativement facile par un concours de circonstances qui, juste à ce moment, paralysa l’action des collectivistes. Bakounine, absorbé tout entier par les affaires russes (Netchaïef), avait quitté Genève pour se fixer à Locarno, laissant le champ libre à ses adversaires; Serno Soloviévitch, l’infatigable apôtre socialisée, qui jouissait parmi les ouvriers genevois d’une popularité sans pareille, venait de mourir (août 1869) ; plusieurs de ceux qui, de 1865 à 1869, avaient été les agents les plus dévoués de la propagande, s’étaient, pour des raisons diverses, retirés l’un après l’autre de la vie militante. En même temps, un nouveau venu, l’avocat russe Nicolas Outine, un vulgaire charlatan (9), qui s’était faufilé dans les rangs de l’Internationale genevoise, offrait ses services aux meneurs anti-collectivistes : on les accepta, et, un beau malin, en janvier 1870, on put lire dans le journal l’Egalité que l’ancienne rédaction venait de faire place à une rédaction nouvelle.

Les nouveaux rédacteurs (Outine et Wæhry) «consacrèrent les colonnes du journal à prêcher ce qu’on a appelé le coopérativisme » (Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 98) ; il ne fallut pas longtemps pour dis cerner clairement quelles étaient les tendances de la coterie anti-collectiviste de Genève, et dans quelle voie elle voulait entraîner la Fédération romande. Cette coterie se trouva tout naturellement l’alliée de Coullery et de ses amis ; à la Chaux-de-Fonds il y avait, comme à Genève, des tiraillements entre collectivistes et anti-collectivistes; ces derniers étaient les plus nombreux, et dominaient au « Cercle international »; les collectivistes s’étaient décidés (décembre 1869) à former une section à part sous le nom de Section de propagande socialiste.

Une entente se lit entre les anti-coilectivistes de la Chaux-de-Fonds et ceux de Genève; ils préparèrent un coup d'État pour l’ouverture du Congrès annuel de la Fédération romande, qui était convoqué pour le commencement d’avril 1870 à la Chaux-de-Fonds.

Trois semaines avant ce Congrès, un grand meeting socialiste avait lieu à Lyon (13 mars), sous la présidence de Varlin, venu de Paris pour apporter aux travailleurs lyonnais le salut de l’Internationale parisienne. Marseille, Aix, Dijon, Rouen, etc., étaient représentés à cette réunion. Les Sections romandes de l'Internationale avaient envoyé un délégué en la personne d’Adhémar Schwitzguébel. Le Conseil général de la Fédération belge fit parvenir une adresse (rédigée par De Paepe) dans laquelle étaient traitées ces deux questions : « Quelle doit être l’attitude de la classe prolétarienne vis-à-vis des mouvements politiques qui tendent à modifier la forme des gouvernements, vis-à-vis des démocrates radicaux et des républicains bourgeois ? Quelle doit être l’attitude de la classe prolétaire vis-à-vis du mouvement coopératif? » L’adresse disait nettement que, dans une société fondée sur le travail, « le mécanisme artificiel appelé gouvernement disparaîtrait dans l’organisme économique», et ajoutait que « le collectivisme, c’est l’idée républicaine descendue des nuages de la métaphysique jacobine pour se réaliser dans les faits » ; quant à la coopération, elle déclarait que les socialistes « ne considéraient pas l’extension et la généralisation des société coopératives comme devant réaliser l’affranchissement intégral du prolétariat ». Cette adresse fut accueillie par des applaudissements unanimes. L’assemblée de Lyon manifesta ainsi publiquement l’union des socialistes des trois pays de langue française, et les collectivistes des Sections roman des purent constater qu’ils se trouvaient en étroite communion de sentiments et de principes avec les Sections de l’Internationale en France et en Belgique.

Mais tandis que nos cœurs battaient à l’unisson de ceux des ouvriers de Paris, de Lyon, de Marseille, de Bruxelles, nous allions nous apercevoir qu’à la Chaux-de-Fonds et à Genève certains hommes, qui se disaient pour tant socialistes, étaient décidés à nous faire une guerre à outrance.

On sait ce qui se passa au Congrès de la Chaux-de-Fonds. Le lundi 4 avril, une quarantaine de délégués de la Fédération romande étaient réunis au Cercle international : à la suite d’une discussion préjudicielle où les questions de personnes jouèrent un grand rôle, et où le Russe Outine fut le porte-paroles des anti-collectivistes, treize délégués de Genève, s’étant trouvés en minorité dans un vote, annoncèrent qu’ils se retiraient ; et comme la majorité du Congrès entendait continuer à siéger, le président du Cercle, intervenant, déclara que le Cercle international refusait de mettre plus longtemps son local à la disposition du Congrès. « J’invite les collectivistes, s’écria-t-il, à évacuer la salle au plus vite, faute de quoi nous emploierons d’autres moyens. »

Voyant que le Congrès allait dégénérer en une scène de pugilat, les délégués de la majorité se levèrent silencieusement et se retirèrent, tandis qu’un public inconscient qu’on avait ameuté contre eux criait à tue-tête : « A bas les collectivistes ! »

Ainsi finit l’ancienne Fédération romande.

 
IV
De 1870 à 1873
 

Mon intention n’est point de raconter ici l’histoire de l’Internationale. Après avoir rap que ce fut au cri de : A bas les collectivistes ! que certains hommes provoquèrent la scission dans la Fédération romande, c’est très sommairement que j’esquisserai, dans ce chapitre, ce qui suivit durant les années 1870 1873.

Le conflit qui s’était produit au Congrès de la Chaux-de-Fonds le 4 avril 1870 semblait à l’origine purement local ou régional. La suite des événements montra qu’il s’agissait en réalité d’une lutte de principes qui intéressait l’Internationale toute entière.

A peine six mois s’étaient-ils écoulés, que li guerre éclatait entre la France et l’Allemagne. Les anti-collectivistes de Genève et de la Chaux-de-Fonds, « patriotes » avant tout, se sentaient désintéressés dans li question : la fameuse « neutralité suisse » leur interdisait de prendre parti. Pour nous, qui avions des sentiments véritablement « internationaux », il en fut autrement. Faut-il rappeler le « Manifeste » publié, le 5 septembre 1870, par notre organe, la Solidarité, manifeste qui fut saisi par ordre du gouvernement suisse ? On y lisait :

« L’empire français vient de crouler dans la honte et dans le sang. La République est proclamée. Le peuple français est redevenu maître de ses destinées.... Le devoir de tous les socialistes, de tous les hommes de cœur, est tracé. Il faut que de toutes parts les républicains se lèvent, et marchent à la défense de la République française... Internationaux de l’Allemagne, votre devoir impérieux est de tendre la main à vos frères français, et e les aider à écraser l’ennemi commun.... Internationaux du monde entier, ceci est aurore du jour nouveau, du jour de la justice qui se lève sur l’humanité ! »

J’ai plaisir à constater qu’au même moment le Comité central du parti de la démocratie socialiste, en Allemagne, publiait de son côté un Manifeste presque identique pour le fond, et même pour la forme. Il saluait aussi la chute de l’empire et l’avènement de la République : « Après vingt ans d’existence honteuse du second empire, le peuple français s’est relevé et a repris la conduite de ses destinées. Acclamons la République française! » Et il ajoutait: « Il est du devoir du peuple allemand d’assurer une paix honorable avec la République française. Il appartient aux travailleurs allemands de déclarer que, dans l’intérêt de la France et de l’Allemagne, ils sont décidés à ne pas tolérer une injure faite au peuple français, après qu’il s’est débarrassé à jamais de l’infâme qui avait trou blé la paix... Jurons de combattre loyalement et de travailler avec nos frères ouvriers de tous les pays civilisés pour la cause commune du prolétariat. En voyant comme un grand peuple a repris la conduite de ses destinées,... élevons le cri qui annoncera, sinon pour aujourd’hui, du moins pour un avenir prochain, l’aurore de la liberté en Allemagne. »

Parlerai-je du mouvement révolutionnaire qui fut tenté à Lyon le 28 septembre, et dont les Lettres à an Français, imprimées à Neuchâtel, avaient développé à l’avance le programme? Dirai-je la part qui fut prise par bon nombre des nôtres à la lutte soutenue par la Commune de Paris, de mars à mai d871 ? notre envoi d’un délégué à Paris, dès le lendemain du 18 mars, porteur d’une missive à Varlin? notre tentative de former une légion composée d’une partie des volontaires garibaldiens qui venaient de lutter si vaillamment contre les armées allemandes ? notre concours donné à ceux qui préparèrent des soulèvements populaires ici ou là ? Et ensuite, quand le prolétariat parisien eut été vaincu et massacré, nos efforts pour aider au sauvetage des survivants ? On peut parler aujourd'hui de certains détails, puisqu’ils ont déjà été révélés dans des publications historiques : on peut dire, par exemple, que le dévoué Adhémar Schwitzguébal se rendit à Paris le 3 juillet, sous un déguisement, porteur de tout un chargement de passeports qui avait été dissimulé dans le double fond d’un sac de nuit ; qu’un autre de nos amis, encore vivant, et dont la modestie serait gênée si je le nom mais, fit le même voyage peu de jours après, emportant un second envoi ; ces passeports furent distribués par les soins de Mme Lefrançais, de Mlle P***, de Mme Ch***.

On aurait pu penser que les tragiques événements de 1870 et 1871 calmeraient les animosités de ceux qui nous avaient précédemment attaqués, et que, s'ils ne voulaient pas s’unir à nous, ils cesseraient au moins de nous injurier et de nous calomnier. C’eût été mal les connaître que de se bercer d’un pareil espoir. Injures et calomnies redoublèrent. On lit plus : on nous dénonça comme des hommes dangereux qui travaillaient à une œuvre infernale. Au lendemain de la publication du Manifeste de la Solidarité, la Montagne (numéro du 7 septembre 1870) avait publié une protestation signée de neuf noms, où on lisait : « Travailleurs de la Chaux-de-Fonds, nous dénonçons ces hommes à votre réprobation, comme nous dénonçons au peuple neuchâtelois leurs coupables desseins». M. Outine, dans l'Egalité, nous appelait « blagueurs ou ignorants », et qualifiait notre Manifeste « d’enfantillage d’un ou de quelques vieux ou jeunes écoliers ». M. Henri Perret, au nom du Comité dont il était le secrétaire perpétuel, écrivait au Bund pour repousser toute solidarité avec les inter nationaux du Jura. Mais je ne veux pas parler davantage de ces choses, qui furent, à l’époque, et avec raison, qualifiées de vilenies.

On comprend que lorsque les réfugiés de la Commune de Paris et des autres villes de France arrivèrent en Suisse dans l’été de 1871, et se trouvèrent en présence des deux camps entre lesquels l’ancienne Fédération romande était partagée, leur choix fut vite fait. Ils virent immédiatement de quel côté étaient leurs amis, et ils vinrent ù nous. Ils y vinrent tous, sans exception. Et ce ne fut pas une communauté de doctrine théorique qui les décida à se joindre à nous, et non aux anti-collectivistes : ce fut tout simplement le sentiment de la solidarité révolutionnant. Il y avait parmi les réfugiés des modérés comme Charles Beslay, ce défenseur obstiné de la propriété individuelle ; des communistes comme Lefrancais, des mutuellistes comme Pindy, des blanquistes comme Ferré et Jeallot, des anarchistes comme certains ouvriers lyonnais, des radicaux comme Jules Guesde (10), de simples républicains comme Dargère : tous nous tendirent une main fraternelle, tous entrèrent dans nos Sections (11). Et cette fusion entre la proscription française et les socialistes du Jura devait être aussi profitable aux uns qu’aux autres, par l’occasion qu’elle leur fournit d’un fécond échange d’idées.

Lorsque, l’année suivante, Pierre Kropotkine, qui cherchait encore sa voie, vint de de Russie en Suisse pour apprendre à con naître l’Internationale, il se rendit d’abord à Genève : mais ce qu’il vit et entendit dans les réunions du «Temple-Unique», où pérorait M. Outine, ne lui plut pas. Il voulut alors faire la connaissance des Jurassiens ; il alla successivement à Neuchâtel, à Sonvillier, à Saint-Imier, — et ce voyage décida de sa des tinée: « La séparation en chefs et en ouvriers, que j’avais observée à Genève au Temple-Unique, n’existait pas dans les montagnes du Jura.... L’absence d’une division entre des chefs et une masse, dans la Fédération juras sienne, avait ce résultat, qu’il n’était pas une question sur laquelle chaque membre de la Fédération ne s’efforçât de se former une opinion propre et indépendante. Ici les ouvriers n’étaient pas une masse embrigadée pour servir les plans politiques de quelques hommes... Si la critique du socialisme d’État, la crainte, que j’entendis formuler, d’un despotisme économique encore plus dangereux que le despotisme politique, et le caractère révolutionnaire de la propagande, impressionnèrent fortement mon esprit; les relations égalitaires que je trouvai dans les montagnes du Jura, l'indépendance de pensée et de langage que je vis développée chez les ouvriers, leur dévouement sans réserve à la cause, agirent plus fortement encore sur mes sentiments ; et quand je quittai ces montagnes après un séjour d’une semaine au milieu des horlogers, mes opinions sur le socialisme étaient fixées. » (Memoirs of a Revolutionist, t. II.)

L’intrigue dirigée à Genève par M. Outine, avec la complicité, il faut le dire, de Marx et d’Engels, qui sentaient leur autorité menacée, aboutit à la réunion à Londres, en septembre 3, 1871, d’une Conférence privée, destinée à remplacer le Congrès général de l’Internationale. Celte Conférence s’occupa de la scission de la Fédération romande, et elle sanctionna, à ce sujet, une décision prise par le Conseil général de Londres dès le 28 juin 1870, déclarant que « la majorité, au Congrès de la Chaux-de-Fonds, n’avait été qu’une majorité nominale » ; elle voulut renforcer, en outre, l’autorité du Conseil général, en lui attribuant le droit, entre autres, de remplacer à l’avenir les Congrès généraux par de simples Conférences privées.

« Les meneurs de la Conférence se croyaient sûrs du triomphe de leur despotisme.... L’autonomie des Fédérations était audacieusement souffletée. Les internationaux des Montagnes jurassiennes allaient relever le gant. » (Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 219.)

Une circulaire de leur Comité fédéral, signée par Adhémar Schwitzguébel, secrétaire correspondant, convoqua les délégués de leurs Sections à un Congrès pour le dimanche 12 novembre 1871, à Sonvillier. Huit sections répondirent à l’appel. Le Congrès s’ouvrit à 9 heures du matin, à l’hôtel de la Balance, sous la présidence d’Auguste Spichiger. Dans la séance du matin, les délégués nommèrent une commission chargée de présenter un pro jet de circulaire à toutes les Fédérations de l’Internationale ; puis, après avoir déclaré dissoute l’ancienne Fédération romande, ils constituèrent, entre les Sections représentées au Congrès et celles qui adhéreraient ultérieurement, une Fédération nouvelle qui prit le nom de Fédération jurassienne ; un projet de statuts, présenté par la Section de Neuchâtel, fut voté. Dans la séance de l’après-midi, le Congrès adopta à l’unanimité le projet de circulaire que lui présenta sa commission : cette circulaire réclamait la convocation, à bref délai, d’un Congrès général « pour main tenir le principe de l’autonomie des Sections et faire rentrer le Conseil général dans son rôle normal, celui d’un simple bureau de correspondance et de statistique)). Ce document fut signé de tous les délégués, dont voici la liste : Section du Locle : F. Graisier, graveur, et Auguste Spichiger, guillocheur; — Section de la Chaux-de-Fonds : Numa Brandt, horloger ; — Section de Neuchâtel : A. Dupuis, serrurier, et James Guillaume, typographe , — Section centrale du district de Courtelary. Henri Devenoges, monteur de boîtes, et Léon Schwitzguébel, guillocheur; Cercle d’études sociales de Sonvillier : Fritz Tschui, horloger, et Justin Guerber, graveur ; — Cercle d’études sociales de St-Imier : A. Scheuner, horloger, et Louis Cartier, horloger ; — Section des graveurs et guillocheurs du district de Courlelary : Charles Chopard, graveur, et A. Jeanrenaud, guillocheur ; — Section de Moutier : Christian Hofer, horloger ; — Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste de Genève : Nicolas Joukovsky, instituteur, et Jules Guesde, journaliste (12).

Devant le mouvement universel dont la circulaire de Sonvillier donna le signal, Marx et Engels durent céder : ils firent convoquer par le Conseil général un Congrès pour le 2 septembre 1872 ; mais ils choisirent pour siège de ce Congrès la Haye, à proximité de Londres et de l’Allemagne, et prirent leurs mesures pour s’assurer à l’avance une majorité, au moyens des délégués « de paille » qu’ils amenèrent.

Le choix de la Haye souleva de nombreuses protestations. Les Sections de Genève elles-mêmes se montrèrent mécontentes. Ces Sections commençaient à se fatiguer du rôle qu’on leur faisait jouer ; Outine avait perdu beaucoup de son influence, après l’arrivée des réfugiés de la Commune, et avait même quitté Genève depuis quelque temps. Devant le refus du Conseil général de revenir sur sa décision, elles résolurent de ne pas envoyer de délégués au Congrès. « Que faire pour parer ce coup inattendu de la défection des Sections genevoises ? Le Comité fédéral de Genève, dirigé par des hommes entièrement à la dévotion de Marx, trouva un moyen bien simple de tourner la difficulté et d’envoyer au moins un soldat pour renforcer l’armée des autoritaires: il nomma de sa propre autorité un délégué en la personne d’un de ses membres, Duval. Mais il fallait de l’argent : un anonyme fournit les fonds nécessaires. Et voilà comment les Sections de Genève furent représentées à La Haye ! » (Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 269.) — On sait que la Section des « coullerystes » de la Chaux-de-Fonds avait envoyé un mandat en blanc, et que ce mandat, signé par MM. Elzingre et Ulysse Dubois, fut donné par Marx au blanquiste Vaillant : quand celui-ci eut appris quelle était la couleur politique des signataires, il refusa le mandat.

La majorité disciplinée recrutée par Marx, au moyen de manœuvres qui soulevèrent le dégoût de l’honnête Hermann Jung au point qu’il refusa d’aller à la Haye (13), accomplit docilement l’œuvre pour laquelle on l’avait fait venir : elle prononça l’expulsion de Bakounine, et me fit aussi l’honneur de prononcer la mienne. Mais les Fédérations de l’Internationale refusèrent d’accepter de semblables procédés: la France, la Belgique, la Hollande, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, l’Amérique se déclarèrent en insurrection contre le Conseil général; plusieurs des plus anciens amis de Marx l’abandonnèrent, déplorant l’aveuglement qu’avaient produit chez lui des rancunes personnelles : tels Eccarius, qui avait été si longtemps le secrétaire général du Conseil général de Londres, et Jung, qui était le correspondant de ce Conseil pour la Suisse. Un an après le Congrès de la Haye, un Congrès général de l’Internationale se réunit à Genève, du 1 er au 6 septembre 1873 (14), prononça la suppression du Conseil général, et révisa les statuts généraux sur la base de l’autonomie des Sections et Fédérations. Nulle doctrine officielle ne fut imposée à personne ; nulle tactique ne fut déclarée obligatoire à l’exclusion de toute autre.

Le jour où les délégués du Congrès arrivaient à Genève, le Bulletin de la Fédération jurassienne (du 31 août 1873) écrivait :

« Chaque pays détermine lui-même sa politique propre, chaque Fédération s’administre elle-même sans aucune immixtion d’un pou voir central ; de tous, l’Internationale ne ré clame qu’une chose : l’observation du devoir suprême de la solidarité dans la lutte économique.... Et voilà comme on pourra voir, au Congrès, Anglais et Italiens, Américains et Belges, Espagnols et Jurassiens, se tendre une main fraternelle. Tous sont d’accord sur le principe supérieur qui est la définition même de l’Internationale : la fédération solidaire du travail. Ce principe accepté et pratiqué par tous, les Anglais et les Américains ne trouvent point mauvais que les Italiens et les Espagnols cherchent leur émancipation dans une révolution dont le programme est la destruction de tout gouvernement ; et ceux-ci, à leur tour, ne songent point à blâmer les Amé ricains et les Anglais de suivre une voie différente, et de s’en tenir à la politique légale. Chaque peuple a son génie propre : tous ne peuvent pas marcher dans le même chemin ; mais tous marchent au même but : 1’affranchissement complet du travail et l’égalité de tous les êtres humains. »

Au moment même où les représentants de l’Internationale proclamaient ainsi leur volonté de s’unir aux socialistes du monde entier, en reconnaissant à chaque organisation le droit de décider elle-même de la tactique qu’elle jugerait la meilleure, ils recevaient de l’Association des lassalliens allemands un télégramme qui attestait la possibilité d’une semblable union. Cette dépêche, signée par Hasenclever et Hasselmann, et datée du 2 septembre, jour anniversaire de Sedan, disait :

« En présence des réjouissances que célèbrent les classes dirigeantes à propos de batailles sanglantes et d’annexions, nous con damnons toute haine nationale et voulons la fraternité des peuples, afin que la classe ouvrière de toutes les nations s’émancipe du joug de la réaction et de la puissance du capital ; en conséquence, nous tendons une main fraternelle à ceux qui, dans tous les pays, combattent avec nous sur le terrain du socialisme. »

 

V
L’attitude de la Fédération jurassienne
 

Il reste à montrer comment les membres de la Fédération jurassienne entendaient pratiquer, et pratiquèrent en effet, ce double principe de l’autonomie et de la solidarité pour lequel ils avaient lutté, et qu’avaient consacré, en 1873, les nouveaux statuts de l'Internationale adoptés par le Congrès général de Genève.

Dès le lendemain de la scission qui s’était produite dans la Fédération romande au Congrès de la Chaux-de-Fonds, en avril 1870, le journal la Solidarité, organe de nos Sections, avait fait tous ses efforts en vue de l’apaisement. Il disait aux membres du groupe ad verse: « Souvenez-vous que, malgré nos dissidences, nous sommes tous des internationaux ; et tout en vous organisant chez vous comme vous l’entendrez, maintenez entre votre fédé ration et la nôtre un lien qui nous permette d’être unis en face de l’ennemi commun, la bourgeoisie.... La plus parfaite intelligence règne entre nous et les fédérations de Lyon, de Paris, de la Belgique, etc. ; pourquoi n’en serait-il pas de même entre les deux Fédérations de la Suisse romande ? » (Solidarité du 16 avril et du 14 mai 1870.)

Ce qui séparait surtout les socialistes du Jura de certains socialistes d’autres régions de la Suisse, de Genève et de Zurich en particulier, c’était la question de la tactique à suivre en matière politique. Fallait-il participer aux élections? tacher de faire entrer des socialistes dans les gouvernements cantonaux, d’élire des ouvriers au Conseil national, etc. ? Les uns disaient oui, les autres non. Notre opinion était qu’en Suisse, la tactique préconisée par les partisans des candidatures ouvrières ne pouvait pas produire de résultats sérieux, et que, s’il s’agissait simplement de la propagande, celle-ci se faisait avec plus d’efficacité par la presse et par les réunions publiques que par les discours qu’un député socialiste pourrait prononcer dans un Grand Conseil. Mais nous avions soin d’ajouter qu’on pouvait être d’une opinion différente de la nôtre, sans qu’il y eût là un motif pour s’excommunier mutuellement.

« Si les Anglais, les Allemands, les Américains ont un tempérament qui leur fait voir les choses autrement que nous, si leur conception de l’État diffère de la nôtre, si enfin ils croient servir la cause du travail au moyen des candidatures ouvrières, nous ne pouvons pas leur en savoir mauvais gré. Nous pensons autrement qu’eux; mais, après tout, ils sont plus compétents que nous pour juger de la situation chez eux, et d’ailleurs, s’il leur arrive de se tromper en ce moment, l’expérience leur fera reconnaître leur erreur mieux que ne pourrait le faire tout le raisonnement des théoriciens.

« Mais nous demandons, à notre tour, à être mis au bénéfice de la même tolérance. Nous demandons qu’on nous laisse juger quelle est la tactique qui convient le mieux à notre position, sans en conclure dédaigneuse ment à notre infériorité intellectuelle. » (Solidarité du 4 juin 1870.)

L’organe de la Fédération jurassienne, le Bulletin, revint bien souvent sur cette question, et toujours dans le même esprit. Ainsi, en septembre 1875, à l’occasion d’une proposition de révision de la constitution neuchâteloise, qui avait été soumise au vote du peuple, le Bulletin écrivait :

« Nous avons déjà démontré à plusieurs reprises que la prétendue souveraineté du peuple n’est qu’une duperie avec l'organisation économique actuelle, et que le suffrage universel, au moyen duquel le peuple est censé exercer cette souveraineté, n’est autre chose qu’une blague colossale (15).

« Le vote populaire peut quelquefois avoir du bon dans des moments de révolution, parce qu’alors l’effervescence des passions contre balance l’influence du capital, et que l’ouvrier agit en homme libre pendant quelques jours. Mais dès que l’orage est calmé et que les choses ont repris leur cours ordinaire, la prépondérance de la classe possédante reparaît, et le suffrage universel redevient un simple instrument de gouvernement et de réaction entre les mains de la bourgeoisie. »

Toutefois notre journal avait soin de spécifier que des raisons de tactique pouvaient, dans telle circonstance donnée, déterminer les socialistes à user du bulletin de vote, et il di sait à ce sujet :

« S’il y avait utilité réelle à prendre part à un vote, nous n’hésiterions pas, pour notre compte, à profiter sans le moindre scrupule de toutes les occasions que nous pourrions rencontrer pour faire un pas de plus vers le triomphe de notre cause. » (Bulletin du 21 septembre 1873.)

En 1875, au moment des élections au Conseil national, le Bulletin publiait un article intitulé : Pourquoi a avons-nous pas de candidats? dans lequel il indiquait une fois de plus les raisons qui déterminaient les socialistes jurassiens à ne pas se lancer dans la campagne électorale à l’imitation des républicains parlementaires. Après cet exposé, il ajoutait :

« Du reste, l’opinion que nous venons d’exprimer au sujet des candidatures ouvrières n’est pas à nos yeux un article de foi. Nous admettons parfaitement qu’un socialiste puisse penser autrement que nous à cet égard. Ceux des ouvriers qui ont encore envie d’aller voter, et qui, malgré nos arguments, croient bien faire en agissant ainsi, peuvent suivre la ligne de conduite qu’ils jugent la meilleure sans que nous songions à les en blâmer. » (Bulletin du 24 octobre 1875.)

Et en 1877, en réponse à un article de la Tagwacht de Zurich, le Bulletin écrivait encore :

« La participation des ouvriers au scrutin, en Suisse, n’a jamais abouti qu’à des alliances de dupes avec l’un ou l’autre des partis bourgeois.

« Qu’on nous démontre qu’il peut en être autrement; qu’on nous démontre que l’élection de candidats réellement socialistes est possible en Suisse sans compromis avec la bourgeoisie, et que cette élection n’aurait pas pour résultat de fortifier le régime gouverne mental et autoritaire ; qu’on nous démontre que par ce moyen nous arriverons plus tôt à détacher le peuple ouvrier des partis bourgeois et à le préparer à la révolution sociale, que nous ne pouvons le faire par la presse, par les meetings et par l’organisation corporative, — et dans ce cas nous sommes prêts à aller voter.» (Bulletin du 28 janvier 1877.)

Ces quelques citations suffisent pour faire voir si les socialistes de la Fédération juras sienne étaient des sectaires, comme certaines gens le prétendent.

J’ai parlé de la dépêche envoyée de Berlin par les lassalliens, en 1873, au Congrès de l’Internationale autonomiste réuni à Genève. Ce premier pas vers un rapprochement fut suivi d’un second et d’un troisième. Le second pas fut fait par la Fédération jurassienne.

On sait qu’en 1873 une réconciliation avait eu lieu entre les lassalliens et le parti dit d’Eisenach, réconciliation à la suite de la quelle les deux fractions s’unirent en une seule organisation sous le nom de Parti socialiste ouvrier d’Allemagne. Le Congrès annuel de la Fédération jurassienne, réuni à la Chaux-de-Fonds le 6 août 1876, décida « d’en voyer un salut fraternel au Congrès des socialistes allemands à Gotha », et vota à l’unanimité une Adresse (dont je fus le rédacteur, s’il m’est permis de noter ce détail) qui disait : « Vous avez, frères d’Allemagne, donné un grand exemple : les socialistes lassalliens et ceux du parti d’Eisenach, abjurant leurs dis cordes passées, se sont tendu la main. L’œuvre de conciliation que vous avez si heureusement inaugurée chez vous, par le rapprochement de deux fractions jadis hostiles, peut et doit être continuée partout... Oui, nous croyons que tout en gardant leur programme et leur organisation spéciale, les diverses fractions du parti socialiste peuvent établir entre elles une entente amicale, qui leur per mettra à toutes de concourir plus efficacement à la réalisation de notre but commun : l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes. »

Le Congrès de Gotha fit un bon accueil à notre Adresse, et, en son nom, Liebknecht nous répondit par la lettre suivante, qui fut publiée dans le Bulletin (numéro du 10 septembre 1876) :

 

« Chers compagnons! Le Congrès des socialistes allemands m’a chargé de vous exprimer sa joie que le Congrès de la Fédération jurassienne se soit prononcé en faveur de l’union de tous les socialistes. Sans doute, la discorde dans les rangs du prolétariat est le seul ennemi que nous ayons à craindre; et tout ce qui est en notre pouvoir sera fait pour mettre fin aux dissensions du passé....

« Salut et fraternité.

« W. Liebknecht. »
 

Le troisième pas, les uns et les autres le firent d’un même mouvement. Le 26 octobre 1876 s’ouvrit à Berne le huitième Congrès général de l’Internationale. Le Parti socialiste ouvrier d’Allemagne y envoya l’un de ses membres, Vahlteich, ancien lassallien, député au Reichstag, avec le mandat d’exprimer les sympathies du Parti pour l’Internationale, et son désir d’entretenir des relations cordiales avec les organisations ouvrières de tous les pays, quelle que fût la tactique adoptée par ces organisations. « Il est résulté des explications échangées au Congrès à ce sujet, lit-on dans le Bulletin (numéro du 5 novembre 1876), que de même que les Italiens et les Espagnols, obligés chez eux, par les circonstances, à procéder révolutionnairement, reconnaissent que la propagande légale adoptée par les Allemands est actuellement la seule tactique qui puisse convenir à l’Allemagne; de même les socialistes allemands, tout en suivant leur tactique à eux sur le terrain national, reconnaissent que les socialistes d’Espagne et d’Italie sont seuls juges de la ligne de conduite qu’ils ont à tenir de leur côté. »

En ce qui concerne plus particulièrement la Suisse, voici les propres paroles que prononça Vahlteich au nom de ses camarades d'Allemagne :

« Quant aux discordes qui existent actuellement parmi les socialistes en Suisse, la démocratie socialiste d’Allemagne ne peut que garder une attitude expectante, sans renier ses sentiments d’amitié pour ses vieux compagnons d’armes de la Suisse allemande. Elle exprime le souhait que, dans ces luttes, les socialistes se traitent réciproquement avec ménagement, afin que, si l’union n’est pas actuellement possible, on puisse du moins établir une certaine entente et un rapproche ment pacifique (friedliches Nebeneinander gehn). » Sur l’initiative de la Fédération belge, qui s’était fait représenter par De Paepe, le Con grès de Berne décida de convoquer en 1877 un « Congrès socialiste universel », afin de « cimenter le plus étroitement possible le rapprochement entre les diverses organisations socialistes ». Ce Congrès universel eut lieu en effet, à Gand (10-15 septembre 1877), et il y vint des représentants de la plupart des pays d’Europe. Mais il ne réussit pas — il ne pouvait pas réussir — à rassembler en un seul faisceau tous les groupements existants : les programmes et les moyens d’action offraient de trop grandes différences. Du moins, sur la proposition de De Paepe (16) et sur la mienne, décida-t-on l’établissement, comme lien entre tous les socialistes, quelles que fussent leur doctrine et leur tactique, d’un « Office de correspondance et de statistique des ouvriers socialistes ».

 

J’arrête ici cet exposé historique. Je ne pourrais pas parler avec une compétence suffisante de ce qui se passa dans les années qui suivirent le Congrès de Gand, puisque je quittai la Suisse en 1878.

Ce n’est pas à moi qu’il appartient de tirer, de ce que j’ai raconté dans ces pages, des applications pratiques à la situation actuelle. J’ai simplement voulu montrer comment la théorie « collectiviste » — c’est-à-dire « communiste non autoritaire » — s’est formée; montrer quels sont ceux qui, dans la Suisse française, l’ont adoptée et propagée, et quels sont ceux qui l’ont combattue; montrer enfin, par des citations authentiques, quelles furent la largeur d’idées et la générosité de sentiments de cette Fédération jurassienne de l’Internationale, tant calomniée, qui a toujours recommandé et pratiqué la solidarité entre tous les exploités dans la lutte contre les exploiteurs, sans avoir égard aux divergences doctrinales. A la nouvelle génération de faire son profit de l’histoire du passé : puisse-t-elle s’inspirer, pour agir, des idées, plus vivantes que jamais, qui ont fait la force et la grandeur de l’Internationale.

 

FIN
 

(1) Les pages qui suivent ont paru dans la Sentinelle en une série d’articles, sous le titre de Pages d’histoire socialiste.

(2) N° 6 du Bulletin de la Société française de philosophie, p. 173; Paris, librairie Armand Colin, 1903.

(3) Liebknecht, qui était aussi présent, évita de se prononcer nettement ; et après le Congrès, dans le journal le Volksstaat, ses amis et lui (le parti d’Eisenach) refusèrent d’admettre la résolution concernant la propriété collective, tandis que les lassalliens se déclaraient pleinement d’accord avec le vote du Congrès de Bâle, (Le Progrès du 4 décembre 1869.)

(4) J’avais publié en 1867 un compte-rendu véritablement enthousiaste d’une conférence faite, pendant le Congrès de Lausanne, par Eccarius, dans laquelle ce vétéran du communisme allemand avait exposé devant un nombreux auditoire (dont j’étais) la a grande théorie historique de Karl Marx». (Feuilleton du Diogène du 18 octobre 1867.)

(5) La question de l’abolition du droit d’héritage était une de celles qui avaient figuré à l’ordre du jour du Congrès de Bâle ; mais les membres du Congrès n’arrivèrent pas à une en tente pour le vote d’une résolution sur cette question.

(6) Lettre du 17 mai 1846, publiée pour la première fois en 1875, dans la Correspondance de P.-J. Proudhon, t. II, p. 198. On ne possède pas, et c’est dommage, la lettre de Marx à la quelle Proudhon répondait : à ma demande, la fille de Proudhon, Mme Catherine H., a bien voulu, tout récemment, la rechercher dans les papiers laissés par son père, mais elle ne l’a pas retrouvée.

(7) Misère de la philosophie, Paris et Bruxelles, 1S47, P- T 77- (Ce livre de Marx est écrit en français.)

(8) Die Entwicklung des Sozialismus von der Utopie zur Wissenschaft, 1882 ; p. 4 de la 3e édition.

(9) On sait que cet Outine, après avoir fait beaucoup de mal à l’Internationale pendant plu sieurs années, a imploré et obtenu le pardon du gouvernement russe, et a fini ses jours en Russie comme sujet fidèle du tsar.

 (10) Jules Guesde s’était réfugié à Genève à la suite d’un procès de presse : il était alors rédacteur d’un journal radical de Montpellier. Il devint socialiste en Suisse, et mit pendant plusieurs mois sa plume au service de la Fédération jurassienne. C’est beaucoup plus tard que, rentré en France, il fit la connaissance de Lafargue, le gendre de Marx, et se convertit aux doctrines marxistes.

(11) Charles Beslay se fit recevoir membre de la Section de Sonvillier. Je me souviens que lorsque Adhémar Schwitzguébel se maria, en 1872, Beslay invita les jeunes époux à venir déjeuner à Neuchâtel. Le repas eut lieu à l’hôtel Bellevue, et j’en, fus ainsi que ma femme. Cette invitation était, me disait Beslay, une politesse qu’il faisait à la Section dont il était membre, en la personne de son militant le plus actif.

(12) Deux réfugiés de la Commune de Paris, Lefrançais et Malon, venus de Genève, avaient assisté au Congrès, mais sans être délégués.

(13) Déclaration de Jung au Congrès de la Fédération anglaise (26 janvier 1873).

(14) A ce Congrès, on vit, à côté (les Italiens (Costa, Mattei, etc.), des Espagnols (Farga Pellicer, Vinas, etc.), des Français (Pindy, Brousse, Perrare, etc.), des Jurassiens (Aug. Spichiger, Alfred Andrié, J. Guillaume, etc.), de cinq délégués belges et. hollandais, siéger l’Allemand Eccarius et l’Anglais Haies.

(15) Dans un article que publia le Bulletin du 26 octobre 1875, Jules Guesde, qui à ce moment était encore des nôtres, s’exprimait ainsi : « Dans les conditions sociales actuelles, avec l'inégalité économique qui existe, l'égalité poli tique, comme l’égalité civile, est un non-sens De là l'impuissance du suffrage universel, lequel, loin d’aider à l’émancipation matérielle et morale des serfs du capital, n’a pu et ne peut que l’entraver. A l’époque du cens, la bourgeoisie était un état-major sans armée. Le suffrage universel lui a fourni cette armée électorale dont elle avait besoin pour se maintenir au pouvoir. »

(16) De Paepe inclinait maintenant, avec les Flamands, vers le socialisme d’État; mais il était resté l’ami personnel de ceux qui avaient été ses compagnons de lutte dans les rangs de l’Internationale.

Files

Collection

Citation

Guillaume, James, 1844-1916, “Le Collectivisme dans l’Internationale,” The Libertarian Labyrinth, accessed April 28, 2017, http://library.libertarian-labyrinth.org/items/show/3502.